Expédition Kipawa-Dumoine - partie 2
- Stéphanie Beauregard

- 4 juin
- 5 min de lecture
En quelques mots: 5 canots duos – 16 jours – 275 kilomètres – 27 portages – deux tronçons de rivière remontés – plusieurs lacs – deux rivières descendues.
Rivière Kipawa et alentours
Demain sera un grand jour : nous descendrons enfin un tronçon de la rivière Kipawa, après des journées à gober les kilomètres. Le plan: pagayer un peu de plat, descendre des rapides et débuter la remontée de la rivière aux Pins. Une grosse journée en perspective, mais que tout le monde anticipe avec beaucoup d’excitation! Finalement, le niveau d’eau est trop bas et les rapides sont presque inexistants. Nous accrochons plusieurs roches, nous devons cordeler et certaines descentes sont hasardeuses. Nous débutons la remontée de la rivière aux Pins en toute fin de journée, déçus par la descente tant attendue. Le groupe doit se diviser sur deux sites de camping non identifiés sur les cartes parce qu’il est tard et que nous sommes fatigués . Nous défrichons donc un peu le terrain pour certaines tentes. Les conversations sont minimes. Tout le monde est crevé.
Quand nous faisons des efforts et que le corps est ainsi sollicité, je trouve important de prendre le temps de se recentrer. Nous sommes quatre de notre côté de la rive. Nous faisons une saucette pour nous laver, nous dégustons un Pastis et nous rions un peu avant de rejoindre le restant du groupe sur l’autre rive pour le souper. Ça fait du bien. En fin de soirée, nous étudions les cartes du parcours. Nous devancerons peut-être la journée de congé pour ne pas nous exténuer. Nous dormons sur les roches en bordure de la rivière. La tête sur l’oreiller, la vue sur l’eau à travers la moustiquaire est reposante après cette journée éreintante et décevante.
En ce jour 6, nous avons terminé la remontée de la rivière aux Pins, traversé de petits lacs et nous pouvons maintenant respirer un peu. Un coin tranquille m’a interpellée et j’ai réussi à m’écouter pour y passer un moment avec moi-même. Assis sur ce rocher, en bas de la petite falaise, sous le feu, j’ai apprécié le soleil et la vue. Quelques étirements et j’étais fin prête à rejoindre le groupe, le sourire aux lèvres! Dans une expédition intense en groupe, je trouve important de prendre le temps de me ressourcer en solitaire parce qu’il est facile de ne vivre que pour le groupe et de s’oublier.
Nous naviguons sur des lacs qui sont connectés par d’étroits passages d’eau libre envahis de plantes aquatiques. Il n’y a qu’un seul chemin en eau plus profonde et nous nous frayons un passage, parfois plus difficilement! Nous devons parfois portager avec de la boue jusqu’aux genoux. Je me sens comme une exploratrice! Ce sont des environnements avec une flore riche et diversifiée. Nous observons plusieurs oiseaux différents qui sont tous magnifiques. L’eau est foncée et les roches sont très difficiles à voir. Un des membres tombe carrément à l’eau en pensant qu’il y a une roche! Ce n’était qu’une illusion créée par un remous de vase. Un des portages (nous en avons quand même fait 27!) se termine maintenant, 20 ans plus tard, sur une propriété privée, mais nous sommes bien accueillis. Le territoire évolue!
Au jour 8, nous débutons la remontée d’un tronçon de la rivière Kipawa: la même rivière que nous avions descendue quelques jours plus tôt! Notre trajet est un vrai parcours à obstacles qui sillonne la région et j’aime m’imaginer qu’il a été emprunté par d’autres, il y a très longtemps. C’est une des plus belles journées du voyage : il fait soleil et chaud! La baignade est au rendez-vous à l’heure du lunch, au pied de la rivière Kipawa. Nous pensions devoir portager, mais le niveau est bas et nous pouvons pousser les canots à contre-courant. Nous avons parfois de l’eau à mi-cuisse et, en cette chaude journée, ça fait du bien. Un site de camping magnifique nous accueille en milieu d’après-midi et demain c’est jour de repos! La météo s’annonce propice. La journée se termine sur un lever de lune fabuleux. Je me trouve tellement choyée de faire ce voyage.
Mi-parcours : en route vers la rivière Dumoine
Le jour de repos s’est déroulé dans la bonne humeur. En canot-camping, cela veut dire que nous restons sur le même site pour la journée. Nous sommes sous de grands pins, nous avons de l’espace et nous en profitons pleinement: lecture, jeux, baignade, lavage. Le moral est bon, même si la journée se termine sous la pluie. Le temps sera plus frais et nous aurons de la pluie périodiquement jusqu’à la fin de l’expédition. En revanche, la pluie se retient toujours le temps de monter et démonter le camp, parfois in extremis, il est vrai, mais cela fait toute la différence!
Aujourd’hui, nous devons pagayer à contre-courant sur la rivière Kipawa, la même rivière que précédemment, et traverser des lacs avec un grand vent de face. Tellement grand que nous avons même un peu la frousse quand un des canots se sépare du groupe. Nous nous rejoignons pour le lunch que nous avalons rapidement, pour nous remettre à pagayer afin de nous réchauffer. La météo est maussade. En fin de journée, la récompense de nos efforts est un magnifique site de camping sous de grands pins. À peine le camp est-il monté que nous essuyons une tempête intense: de la pluie, de grands vents et même de la grêle. On se protège sous les deux toiles-abris en les maintenant bien ancrées au sol. Le ciel est magnifique après l’orage : le soleil est rouge et se reflète sur le lac. Grosse journée quand même!
Nous sommes maintenant très bien rodés! Nous naviguons rapidement et les portages sont super efficaces. Grosso modo, nous devons être environ deux fois plus rapides que lors de nos expéditions précédentes. Ça fait toute la différence! Nous terminons le jour 11 en début d’après-midi sur une presqu’île bordée d’eau de chaque côté, sous un beau soleil pour lequel nous sommes très reconnaissants. Nous en profitons pour visiter un site historique qui présente un vestige d’un « bateau alligator » qui était propulsé par des roues à aubes alimentées par une fournaise qui produisait l’énergie nécessaire. Ces bateaux tiraient les radeaux de bois lors des opérations de la drave.
Plus que 5 jours à notre voyage. Je me surprends à penser à ma vie courante, à mes deux gars, à ma famille. Comme si j’émergeais d’un autre espace. Nous commençons à observer des becs-scies, un canard avec une petite huppe brune, caractéristique des rivières que nous naviguons en Outaouais.
Nous passons maintenant sur le bassin versant de la rivière Dumoine! C’est tout un accomplissement pour le groupe. Nous traverserons deux grands lacs, le lac Dumoine et le lac Benoît, avant d’atteindre le tronçon que nous avons déjà descendu, où les rapides sont plus abondants. Au jour 12, nous passons la section des chutes de la rivière Dumoine : quatre portages en avant-midi, à nouveau sous la pluie! Les sentiers sont étroits, rocheux, avec beaucoup de racines et très glissants. Les portages sont relativement courts, mais intenses physiquement. Nous lunchons sur de beaux rochers, avec une accalmie en cette journée pluvieuse. Le groupe avale une quantité incroyable de salade de pâtes au thon.































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