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Expédition Kipawa-Dumoine - partie 1

En quelques mots: 5 canots duos – 16 jours – 275 kilomètres – 27 portages – deux tronçons de rivière remontés – plusieurs lacs – deux rivières descendues. 


C’est notre première expédition de deux semaines  ! 16 jours à canoter et à nous déplacer, comme des nomades et ce texte est le récit de mon expérience. Je pense que la vie en déplacement constant m’attire. Pour moi, ça veut dire aller toujours plus loin, découvrir de nouveaux lieux et être émerveillée par tous les recoins de notre belle planète. Les rivières nous amènent souvent sur les traces des anciens et cette expé est particulièrement riche en vestiges historiques.


Préparation

L’idée a germé l’été dernier lors d’une discussion avec un membre du groupe. Il a fait ce parcours il y a plus ou moins vingt ans de cela! Nous retrouvons un bouquin (Hap Wilson), commandons les cartes topographiques et commençons à rêver.  À quelques semaines du départ, nous devons préparer les repas. C’est mon domaine! Nous faisons des repas de groupe ce qui veut dire moins de repas à préparer, mais des repas pour 10 personnes. Ce n’est pas évident de calculer les quantités, même si j’ai plusieurs années de pratique. Comme nous serons limités dans l’espace de stockage, je ne peux pas me permettre de tout calculer en surplus cette fois.


Nos « petites affaires » tiennent dans trois barils de 60 litres pour 16 jours de voyage. Un baril pour nos vêtements, matelas de sol et sacs de couchage. C’est un espace qui reste absolument au sec. Un deuxième pour la tente et l’équipement tels qu’ustensiles, assiettes, poêlon et réchaud d’urgence. Nous cuisinons tout sur le feu. Le dernier baril est réservé à la nourriture: le plus lourd au départ et le plus léger à la fin! La majorité des repas sont déshydratés. Notre bagage est complété par un sac à dos de matériel commun au groupe incluant une hache, deux toiles-abris, essentielles en cas de pluie, deux gros chaudrons pour cuire sur le feu ainsi que la grille pour les accueillir.


La composition du groupe est un autre aspect de la préparation. Le tout s’est fait de manière assez organique, et nous avons pris presque 4 mois avant d’avoir la confirmation des 8 autres personnes qui forment, avec nous, les 5 canots de l’expédition. La chimie sera au rendez-vous, une chance… bien calculée! 


Enfin sur l’eau!

Notre trajet fait une grande boucle et la navette de 2h30 sur route asphaltée est incroyablement courte pour une si longue expédition. Je mets enfin le gros orteil dans l’eau du lac Kipawa, au village du même nom, dans le Témiscamingue. Ça sent bon le grand lac plein d’eau! J’ai à la fois le sentiment d’y être arrivée et celui d’être sur la ligne de départ.

Comme nous descendons habituellement des rivières, c'est la première fois que je canote sur un lac aussi immense. J’ai le sentiment d’être infiniment petite dans ce paysage grandiose. Les huards plongeurs sont nombreux et un d’eux sort me saluer juste à côté de notre canot. Magnifique! (le mot que je dirai le plus souvent au cours des deux prochaines semaines). Au milieu de nulle part, sur cette vaste étendue, je saute à l’eau! Quel sentiment de liberté. Nous y sommes enfin.


Nous passons d’un lac à un autre. Ils sont parfois connectés par des canaux étroits alors que dans d’autres cas, nous devons portager. Les premiers portages sont les plus éreintants puisque nos barils de nourriture sont très lourds et que nous ne sommes pas rodés. Le deuxième jour, le groupe a déjà trouvé son modus operandi et ça roule bien! Toutes les équipes font leurs portages en deux fois avec les bagages et le canot sur les épaules.


Il y a des vestiges étonnants dans les premiers portages. Comme si un minerai avait été transporté sur des rails d’un lac à l’autre. Les rails sont encore visibles sous la végétation. Des bacs rouillés auraient pu servir pour le transport. Il y a aussi des « rails » en bois qui ont pu servir à la mise à l’eau des billots de la drave. Ces vestiges, visités par peu de gens, font partie du paysage et de l’histoire du lieu.


Quelques personnes nous saluent, intriguées. D’autres passent à vive allure sur leurs engins motorisés. C’est marquant dans les étranglements qui sont un passage obligé, mais les lacs sont grands et ils passent surtout au loin. La diversité est partout, même dans la manière de profiter des grands espaces de notre beau pays! Nous terminons la deuxième journée sur une toute petite plage, après 35 kilomètres de coups de pagaies et deux portages. Nous sommes sur un camping médiocre sur un petit lac, entouré par la végétation et avec une plage boueuse, mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est magnifique! Encore. Je me sens vivante, enfin pleinement plongée dans l’aventure et enivrée par les grands espaces. 


Nous croisons une ancienne église qui se trouve dans un lieu étrange qui semble loin des villages ou de ce qui aurait pu créer une communauté. Comme si quelqu’un y avait cru malgré tout. C’est la tradition pour les canoteurs de visiter ce lieu et d’y laisser leur trace. C’est fascinant et un peu mystérieux. Un autre vestige du passé.

Après trois jours, comme la journée se termine tôt, c’est déjà le temps de faire un peu de lavage. Le t-shirt se salit vite dans les portages! L’eau s’étend à perte de vue, les îles forment des labyrinthes uniques, les huards sont omniprésents et le tout forme un environnement particulier, magnifique, presque magique. La chimie du groupe se crée tranquillement. Nous sommes chanceux puisque tout le monde s’entraide, échange, blague et cherche à créer des liens. J’en suis très heureuse en me couchant ce soir-là, dans l'abri de toile légère qui sera ma maison mobile pour encore 13 autres jours. 


Nous passons la journée à naviguer sur des lacs, entrecoupés de petits tronçons de rivières et de portages. Les sites de camping étant plutôt rares sur ce tronçon et la fatigue n’aidant pas à la prise de décision, nous avons passé notre dernier site par inadvertance. Merde! Il est tard et nous décidons d’arrêter sur un terrain privé. La journée n’est pourtant pas terminée. D’abord, nous sortons la trousse de premiers soins pour la première fois. Un des membres s’est fait une belle échancrure sur le tibia. C’est assez profond pour que l’on tienne ul à l’oeil la blessure pour quelques jours.


Ensuite, nous sommes en territoire autochtone et deux heures après notre arrivée, quatre dames se pointent dans leur gros pick-up. Elles viennent « voir l’état de leur propriété après la tempête de la veille », mais la coïncidence avec notre présence est quand même étonnante. Nous ne sommes pas dupes. C’est finalement une belle rencontre et nous partageons quelques histoires avant qu’elles ne reprennent la route. Enfin, toujours dans la même longue journée (c’est fou!), c’est sous le fou rire général que la rive et la glaise traîtresse engloutissent aisément une paire de Crocs, qui est  récupérée in extremis. Le soleil nous offre un beau spectacle pour terminer cette journée riche en rebondissements.



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